Que savez-vous réellement sur le "pardon"?



Aujourd'hui, sur le blog du coaching et du développement personnel, je reçois Olivier Clerc pour nous parler du pardon et de son fonctionnement dans nos vies. Olivier est un spécialiste de ce sujet et il a notamment écrit le "Don du pardon"




Bonjour Olivier et merci de votre participation, pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours? 


Bonjour Thibaut, pour faire court, mon parcours, depuis 30 ans, est fait de l’entrelacement de deux fils, la spiritualité et le développement personnel, que j'estime étroitement complémentaires. J'ai fait le choix d'avoir une activité professionnelle qui me permette de vivre de ma passion, plutôt que d'avoir un job alimentaire et de la vivre à côté. J'ai écrit un premier livre à 21 ans (sur les rêves lucides), qui m'a fait mettre le pied dans le milieu de l'édition. J'y ai exercé les activités d'auteur, traducteur, directeur de collections et même éditeur, brièvement. J'ai toujours dit que je ne traduisais ni ne publiais des livres, mais des auteurs. Ce sont les personnes derrière le papier qui m'intéressent. J'en ai donc souvent profité pour aller les rencontrer et me former auprès d'eux. Ce fut le cas notamment avec Marshall Rosenberg (CNV), Charles Rojzman (Thérapie sociale), Jean-Jacques Crèvecoeur (Dynarsis), mais surtout avec Don Miguel Ruiz (Les Quatre Accords Toltèques best-seller mondial), dont j'ai traduit tous les livres. C'est à lui que je dois le Don du Pardon, ce rituel dont il m'a fait cadeau lors de notre première rencontre au Mexique, à Teotihuacan, qui a changé ma vie.




Merci, et en ce qui concerne le pardon, pouvez-vous nous expliquer son fonctionnement, sa particularité et son utilité? 





C'est difficile de résumer tout un livre ou un atelier dans une interview, mais pour faire simple, je dirai ceci : primo, le Don du Pardon est une approche du pardon qui renverse complètement ce qu'on essaie de faire habituellement, sans grand succès. Il s'agit de guérir son propre coeur, de se libérer de l'étau de la haine et du ressentiment, ce qui implique de perdre l'illusion que c'est l'autre qui détient le pouvoir de déterminer mes propres sentiments, et que tant qu'il ne se sera pas excusé, tant qu'il ne m'aura pas demandé pardon, je ne peux être heureux, je ne peux guérir mon coeur. Le Don du Pardon, paradoxalement, nous apprend donc à demander pardon, et ce faisant à reprendre notre pouvoir sur nous-mêmes, à nous libérer de ce lien empoisonné qu'est le ressentiment. On ne demande pas pardon de ce que l'autre nous a fait, bien entendu, mais pour la façon dont nous avons utilisé ce qu'il nous a fait, durant des mois ou des années, comme prétexte à garder notre coeur fermé. Par  ignorance, bien sûr. Par méconnaissance d'où est notre vraie emprise sur notre propre vie. Secondo, dans les ateliers que j'anime, la dimension transpersonnelle que je propose permets de recevoir et d'exprimer son pardon même à des gens qui ne sont pas là : il se passe à chaque fois des choses bouleversantes, parce qu'à travers tel ou tel participant, c'est soudain telle ou telle personne avec qui on a vraiment un problème, qui se retrouve devant nous et avec qui quelque chose se libère, se guérit. C'est une expérience à vivre, la raconter comme cela en quelques mots ne permet pas de faire vraiment justice à la puissance de ce travail sur le pardon que m'a enseigné Don Miguel Ruiz…




Lors de votre conférence, vous parliez de la douche du coeur et de ses étapes, pourriez-vous nous expliquer cette fameuse douche du coeur? 





Oui, je compare souvent le Don du Pardon à une douche du coeur. Quand les grands palaces de la fin du XIXe ont été construits, ils n'avaient qu'une seule sale de bain par étage ! C'est dire quelle était le niveau d'hygiène physique, à l'époque… Aujourd'hui, on se lave quotidiennement le corps, mais qu'en est-il du coeur ? Combien de sentiments malodorants,  fermentés, stagnants ou à moitié cristallisé (ça finit par former du cholestérol émotionnel !) conservons-nous en nous ?… Comment s'en libérer pour retrouver sa pleine capacité d'aimer ? Le pardon, tel que je l'enseigne, nous offre cette douche du coeur, que chacun peut ensuite prendre aussi souvent qu'il le désire, tout seul chez soi. Il faut savoir cependant que l'exercice du pardon exige aussi de changer la compréhension que nous en avons, et notamment de dissiper de nombreux malentendus à son sujet (religieux et culturels), que j'aborde en détail en atelier. Faire oeuvre de pardon, ce n'est pas cautionner. Ce n'est pas non plus nécessairement se réconcilier (il faut être deux, pour cela). Le travail du pardon est là avant tout pour guérir son propre coeur. Mais nous avons aussi une tête. Et parfois, le discernement nous conduira à déposer une plainte au Tribunal, contre telle personne qui nous a fait du mal : mais comme le travail de pardon aura été fait en nous, c'est la justice qu'on ira chercher au tribunal, pas la vengeance. C'est totalement différent !




Merci tous ces précieux échanges, la dernière question est libre: Avez-vous un partage, une idée, un témoignage, une envie particulière à nous transmettre? 




J'ai enregistré une petite vidéo de 15 min avec le témoignage de ce que j'ai vécu avec Miguel Ruiz au Mexique. Elle est visible gratuitement ici : http://www.repere.tv/?p=12183 . Ce que je peux ajouter, par ailleurs, c'est qu'avec le recul de plusieurs centaines de personnes qui ont vécu ce travail sur le pardon à ce jour, je vois – comme ce fut le cas pour moi voici 14 ans – combien cette démarche est profondément thérapeutique, combien elle change la vie des gens. Des Cercles de Pardon commencent d'ailleurs à se monter, ici et là, par des personnes qui ont suivi mon atelier et une brève formation spécifique, pour que les gens puissent vivre ce processus en deux ou trois heures, et en ressortir plus légers, délestés de ces fardeaux écrasants que sont nos rancunes, nos haines, nos ressentiments. Car à mes yeux, le pardon est la porte étroite, le passage obligé pour avancer vers ce monde meilleur auquel beaucoup d'entre nous aspirent : nous ne passerons pas cette porte avec sur le dos un sac rempli de trois tonnes de rancunes, de jugements, d'amertume et de haine. Il nous faut le déposer avant, et le pardon (il y a "donner" dans "pardonner") est ce qui nous permet de nous soulager de ce fardeau. 


A bientôt Olivier et merci pour votre inspiration ;-)

         Merci aussi Thibaut ! 




Ps: Si vous avez aimé ce billet, alors vous pouvez vous inscrire à ma newsletter, ou liker ma page FaceBook, ou encore partager ce billet sur vos réseaux sociaux dans la colonne de droite (Twitter, FB, Linkedin, Viadeo, Google +,etc. ). Vous contribuerez ainsi à faire connaître mon travail & je vous remercie par avance pour votre soutien! A bientôt;-) Thibaut

Commentaires

  1. La rancune, le ressentiment ou la rancoeur n'ont rien à voir avec la haine.

    Le temps passe sur les blessures, et l'importance de ces dernières finissent par s'estomper.
    Et on vit avec ces souvenirs, qui deviennent des nuages. Plus ou moins sombres.

    C'est celui ou celle qui a blessé qui "doit" demander pardon. Donner va dans ce sens. Ce n'est pas l'inverse.
    Se libérer en tendant le fouet qui a battu ? hum…

    Il existe une échelle de douleur. Et pour le pardon ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Bénédicte,
      Je ne saurais vous dire s'il existe une échelle pour le pardon. Peut-être pourriez-vous interroger Olivier Clerc sur son site?
      A bientôt,
      Thibaut

      Supprimer
  2. Bien cher Olivier,
    Merci pour votre témoignage et votre engagement à donner de l'impulsion au pardon.
    Le Pardon est une des grandes pistes sont lesquelles nous avons à progresser. Souvent, dans les échanges que je peux avoir, j'explique que le pardon n'exclue pas la protection par rapport à celui qui nous a fait du tord. Mais on arrête la spirale de la violence en refusant la vengeance.
    Le deuxième sens du pardon, c'est de demander pardon pour le mal que l'on a fait. C'est un acte d'humilité de se reconnaitre participant du mal, un acte d'engagement (s'il est sincère) à ne pas recommencer. De plus, dans l'état de mal dans lequel nous baignons, ne sait-on jamais quelle est notre part de responsabilité sur les évènements d'ici ou de la bàs ?
    J'apprécie aussi votre rappel que nous avons la liberté d'apprendre à aimer ceux qui nous ont fait du tord, à chercher ce qui peut leur permettre de grandir en humanité. L'homme a cette capacité de choisir d'aimer même son ennemi.
    Merci encore pour votre témoignage.
    Bon courage et bonne continuation.
    Fraternellement.
    Bruno

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour Thibault,
    J'ai assisté un jour à une conférence de Jean Montbourquette sur le pardon et j'avoue que c'était bien différent de la notion du pardon que j'avais en tête. Mais j'ai aimé sa vision qui est celle partagée dans votre article, que le pardon ne vient pas de l'autre mais d'une paix que l'on choisie de porter en son coeur pour laisser derrière la haine ou la vengeance, puisque porter ces fardeaux empêchent l'évolution de l'âme.

    Demeurer dans un état d'esprit négatif, c'est donner du pouvoir à l'autre et se brimer soi-même avec cette douleur que l'on porte et qui envenime l'existence. Il arrive même que l'autre ne sache même pas qu'il nous a blessé, puisque c'est notre interprétation et l'histoire qu'on porte qui nous font ressentir une blessure....une autre personne aurait peut-être réagi tout à fait différemment à une même situation.

    Je tente de me rappeler cela lorsque je me sens blessée.
    Merci pour ces réflexions inspirantes.

    Hélène Giroux

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Sortir du déni!

Prendre sa place pour s'autoriser à vivre plus librement!

Se respecter soi-même pour se faire respecter par les autres